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Bilan des flux biologiques de matière et de population

Bonjour. Dans la leçon précédente, nous avons appris à délimiter un système biologique, choisir des variables d’état et expliciter les processus susceptibles de les faire varier. Nous passons maintenant du schéma conceptuel à sa traduction quantitative : le bilan.

Un bilan répond à une question très simple, mais structurante : pourquoi la quantité étudiée augmente-t-elle ou diminue-t-elle ? Il s’applique aussi bien à un nombre d’individus qu’à une quantité de substrat, de biomasse ou de médicament. À la fin de cette leçon, vous saurez construire un bilan de population ou de matière à partir des flux biologiques pertinents, en temps discret comme en temps continu.


Le principe commun : compter tout ce qui traverse la frontière

Choisissez d’abord une quantité stockée dans une frontière clairement définie :

  • le nombre de poissons dans un lac ;
  • la masse de glucose dans un bioréacteur ;
  • la quantité de biomasse dans une cuve ;
  • le nombre de personnes dans un compartiment infectieux.

Cette quantité est un stock : elle décrit ce qui est présent à l’intérieur du système à un instant donné. Les mécanismes qui le font varier sont des flux : ils représentent une quantité par unité de temps, ou une quantité transférée durant un intervalle de temps.

La structure fondamentale est :

Le terme « interne » est important. Une entrée ou une sortie franchit la frontière du système. Une production ou une consommation correspond à une transformation dans la frontière choisie.

Par exemple, pour le glucose dans une cuve :

  • du glucose alimenté par un tuyau est une entrée ;
  • du glucose évacué avec le liquide sortant est une sortie ;
  • sa consommation par des cellules est une consommation interne.

Pour une population d’animaux dans une réserve :

  • les naissances jouent le rôle d’une production d’individus ;
  • les décès sont une perte d’individus ;
  • l’immigration est une entrée ;
  • l’émigration est une sortie.

Il ne faut pas interpréter ces termes comme une création ou destruction de matière au sens physique. Une naissance produit un nouvel individu dans le comptage de la population, tandis que la matière qui le constitue provient de transformations et d’échanges biologiques non représentés à cette échelle.

La frontière détermine donc le bilan. Le même saumon qui quitte une rivière est une émigration si le système est « la population de la rivière », mais il n’est pas une sortie si le système devient « l’ensemble du bassin versant ».

Les naissances et l’immigration ajoutent des poissons à la population étudiée ; les décès et l’émigration en retirent. La figure représente les quatre flux fondamentaux d’un bilan de population.

Le bilan de population : naissances, décès et déplacements

Notons le nombre d’individus au début de l’intervalle . Sur cet intervalle, observons :

  • : le nombre de naissances ;
  • : le nombre de décès ;
  • : le nombre d’immigrants ;
  • : le nombre d’émigrants.

Le bilan discret est alors :

On peut aussi isoler la variation nette :

La notation discrète convient lorsque le phénomène est naturellement recensé par générations, saisons, jours ou années. Les quatre quantités , , et sont alors des nombres d’individus pendant l’intervalle considéré, et non des taux instantanés.

Population Ecology

Regardez les courts extraits de Population Ecology de Bozeman Science pour fixer visuellement les quatre flux et voir un bilan numérique élémentaire.

Commencez par les quatre causes de variation d’effectif. Regardez ensuite l’exemple de lapins : identifiez séparément l’effectif initial, chacun des quatre flux, puis la variation nette. La dernière partie introduit aussi un taux de croissance ; retenez surtout, pour l’instant, que ce taux est construit à partir du bilan.

Un exemple de calcul, puis une lecture biologique

Supposons qu’une colonie compte oiseaux au début du printemps. Durant la saison, on observe :

Le bilan donne :

Donc :

La population augmente, mais cette hausse de 10 individus ne signifie pas que chaque mécanisme est favorable. Les naissances compensent les décès, et le solde migratoire est négatif :

Cette décomposition est utile : deux populations peuvent avoir la même variation totale, mais pour des raisons biologiques très différentes. Une population peut, par exemple, croître grâce à une forte immigration malgré une faible reproduction locale. Le bilan rend cette distinction explicite.


Populations fermées et populations ouvertes

Une population est dite fermée pour le modèle lorsque l’immigration et l’émigration sont négligées :

Le bilan devient :

ou, sous forme de variation :

Cette simplification ne prétend pas que les déplacements sont impossibles dans le monde réel. Elle affirme seulement qu’ils sont nuls ou suffisamment faibles pour la question et l’échelle temporelle retenues. Une population d’insectes dans une cage expérimentale peut être raisonnablement considérée fermée ; une population d’oiseaux dans un paysage fragmenté l’est rarement.

10.1: Prelude - Learning the Math of Population Models - Biology LibreTexts

Lisez cette présentation des modèles de population pour consolider le passage entre récit biologique, bilan discret et hypothèse de population fermée.

Dans la section « Basic population models », commencez au passage sur les processus démographiques. Repérez la différence entre les effectifs comptés pendant un intervalle et les taux par individu. Poursuivez dans « Ignoring immigration and emigration simplifies population models », depuis la simplification fermée, puis lisez le passage « We often frame population dynamics in terms of the amount of change » jusqu’à l’interprétation de la variation nette. Vérifiez toujours les signes : immigration ajoute des individus, émigration en retire.

Dans les prochains modules, nous utiliserons souvent l’hypothèse de population fermée afin d’étudier clairement les mécanismes de naissance et de mort. Ce sera une hypothèse de modèle à vérifier, non une vérité implicite.


Du bilan discret au bilan en temps continu

Lorsque les changements sont suivis continûment — par exemple une culture cellulaire mesurée toutes les heures — on décrit les flux par des vitesses :

  • : vitesse de naissance, en individus par unité de temps ;
  • : vitesse de décès ;
  • : vitesse d’immigration ;
  • : vitesse d’émigration.

La variation instantanée de l’effectif s’écrit :

Cette équation ne précise pas encore comment calculer les flux. Elle affirme seulement que toute variation de doit être attribuée à des mécanismes identifiés.

Par exemple, dans une population fermée où le nombre de naissances par unité de temps est proportionnel à l’effectif et où le nombre de décès l’est aussi, on pourra ultérieurement poser :

avec et des paramètres. Le bilan conduit alors à une forme de croissance exponentielle. Mais ce choix de flux appartient à l’étape suivante : un bilan donne la charpente ; les hypothèses biologiques donnent la forme des flux.


Le bilan de matière : choisir l’espèce, pas seulement la cuve

Le même raisonnement s’applique à une substance dans un système biologique. Considérons une cuve contenant du milieu de culture et des micro-organismes. Un bilan global sur la masse totale peut être insuffisant, car le phénomène d’intérêt concerne souvent une espèce précise : un substrat , une biomasse , un produit , ou de l’oxygène dissous.

Pour une espèce , notons :

  • : quantité de l’espèce dans le système ;
  • : débit d’entrée de cette espèce ;
  • : débit de sortie ;
  • : production nette interne.

Le bilan général est :

La convention est simple :

  • lorsque l’espèce est produite ;
  • lorsqu’elle est consommée.

Ainsi, si les cellules consomment le glucose, son terme de réaction est négatif. Si elles produisent de l’éthanol, le terme correspondant à l’éthanol est positif.

Un bilan doit être écrit espèce par espèce lorsque les transformations internes sont importantes. La masse totale peut rester presque constante tandis que le glucose diminue, que la biomasse augmente et que des produits métaboliques s’accumulent.

Bilans matière [Conduite des bioréacteurs - Éléments de méthodologie]

Cette ressource du Cnam présente la forme générale d’un bilan de matière et sa spécialisation à une espèce chimique dans un bioréacteur.

Lisez d’abord, dans « Écriture globale des bilans », le principe du bilan global. Passez ensuite à « Écriture des bilans sur une espèce chimique donnée dans le réacteur ». Lisez depuis le bilan d’espèce. Concentrez-vous sur l’interprétation de chaque terme : variation de la quantité stockée, flux entrant, flux sortant et transformation dans le réacteur.


Passer d’une quantité à une concentration

Dans un système liquide, on mesure fréquemment une concentration , plutôt que la quantité totale . Si le volume de la cuve est , alors :

Si et désignent les débits volumiques entrant et sortant, et et les concentrations associées, le bilan de l’espèce devient :

où est la vitesse volumique nette de production de l’espèce .

Cette écriture est particulièrement sûre : elle porte d’abord sur la quantité totale , sans supposer que le volume reste constant.

Cas fréquent : cuve parfaitement mélangée à volume constant

Une cuve est dite parfaitement mélangée si la concentration à la sortie est la même qu’à l’intérieur :

Si, en outre, les débits sont égaux,

alors le volume est constant. Le bilan se simplifie :

puis :

La première partie exprime l’effet du renouvellement du liquide : l’entrée tend à rapprocher la cuve de la concentration d’alimentation. Le second terme exprime l’effet de la réaction ou de l’activité biologique.

Pour un substrat consommé par des micro-organismes, . Même si l’alimentation apporte du substrat, sa concentration peut donc baisser si la consommation est plus forte que l’apport net.

Material Balances on Tank Reactors

Regardez Material Balances on Tank Reactors de LearnChemE pour visualiser la différence entre quantité, concentration, débit entrant et débit sortant, puis voir comment le bilan général se simplifie selon le fonctionnement de la cuve.

Regardez les notations pour relier quantité dans la cuve, concentration et débit de matière. Continuez avec le bilan d espèce : repérez les trois causes de variation d’une espèce dans le réacteur. Enfin, regardez les cas batch pour comparer une cuve fermée, où il n’y a ni entrée ni sortie, et une cuve alimentée sans sortie.


Une procédure fiable pour construire tout bilan

Face à un nouveau problème biologique, procédez toujours dans cet ordre.

  1. Définir la frontière du système.
    Écrivez explicitement ce qui est dedans et ce qui est dehors : une cuve, un organe, une parcelle, une population locale, un compartiment sanitaire.

  2. Nommer le stock étudié.
    Choisissez une quantité : pour un effectif, pour une quantité d’espèce, pour une concentration seulement si le volume est traité correctement.

  3. Lister les flux qui traversent la frontière.
    Dans un bilan de population : immigration et émigration. Dans un bioréacteur : alimentation et évacuation. Dans un compartiment épidémiologique : les transitions entre compartiments sont des entrées et sorties pour ce compartiment.

  4. Lister les transformations internes.
    Naissance, décès, division cellulaire, consommation d’un substrat, production d’un métabolite, infection ou guérison selon le niveau de description choisi.

  5. Affecter un signe à chaque flux.
    Posez systématiquement la question : « Ce processus ajoute-t-il ou retire-t-il la quantité que je suis ? » Le même mécanisme a un signe opposé dans les deux compartiments qu’il relie.

  6. Écrire l’accumulation égale à la somme algébrique des flux.
    Ne simplifiez qu’après avoir écrit l’équation complète.

  7. Énoncer les hypothèses qui annulent ou relient des termes.
    Population fermée, absence de réaction, volume constant, mélange parfait, débit entrant égal au débit sortant : chacune de ces hypothèses justifie une simplification précise.

Un piège courant consiste à dire « le système est stable » et à supprimer tous les termes. Un état stationnaire signifie seulement que l’accumulation est nulle :

Les flux peuvent néanmoins être non nuls et se compenser exactement. Une cuve continue à état stationnaire reçoit et évacue en permanence de la matière ; elle n’est pas arrêtée.


À retenir

Un bilan est une traduction quantitative directe du schéma biologique :

Pour une population observée par intervalles :

Pour une population décrite continûment :

Pour une espèce dans une cuve :

L’enjeu essentiel n’est pas de mémoriser une formule unique, mais de savoir identifier le stock, fixer la frontière, inventorier les flux et justifier chaque simplification. Dans la prochaine leçon, nous vérifierons que ces équations sont homogènes dimensionnellement : tous les termes d’un même bilan devront avoir les mêmes unités.

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