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Bonjour,
Dans notre leçon précédente, nous avons exploré les composantes d'un espace public de qualité, en soulignant l'importance de la convivialité pour créer des lieux de vie et de rencontre. Nous avons conclu que la vitalité d'un lieu dépend fortement de la diversité des gens qui le fréquentent et des activités qu'on peut y pratiquer.
Aujourd'hui, nous allons approfondir cette idée en nous penchant sur les principes qui organisent cette diversité à l'échelle du quartier. L'objectif de cette leçon est de vous permettre de décrire les principes de mixité fonctionnelle et sociale. Nous verrons comment le mélange délibéré des fonctions (habiter, travailler, acheter) et des populations est devenu un pilier de l'urbanisme contemporain, en opposition au modèle de la ville "zonée" du XXe siècle.
Pour vous, qui maîtrisez déjà la conception technique des bâtiments, cette leçon vous donnera les clés pour comprendre comment un projet architectural s'insère dans un écosystème urbain plus large et contribue à sa vitalité sociale et économique.
1. Contre l'étalement et la ségrégation : pourquoi la mixité ?
Le modèle d'urbanisme qui a dominé après la Seconde Guerre mondiale, inspiré notamment par la Charte d'Athènes, prônait la séparation stricte des fonctions : des zones pour habiter, des zones pour travailler, des zones pour les loisirs. Ce modèle, connu sous le nom de "zonage", a produit des banlieues pavillonnaires et des quartiers d'affaires monofonctionnels, générant un étalement urbain et une forte dépendance à l'automobile.
Pour commencer, regardons une courte vidéo qui définit ce phénomène et présente la "mixité" comme l'un des antidotes.
7 principles for building better cities | Peter Calthorpe | TED
Dans cette conférence TED, l'urbaniste Peter Calthorpe explique que le problème de l'étalement urbain ('sprawl') n'est pas seulement une question de faible densité, mais surtout de ségrégation des usages et des populations. Il introduit la mixité ('Mix') comme un principe fondamental pour construire de meilleures villes.
Regardez les extraits de 01:21 à 02:09, puis de 10:01 à 10:15. Concentrez-vous sur sa définition de l'étalement comme un phénomène qui 'isole' et 'sépare'. Notez ensuite comment il définit le principe de 'Mix' : il ne s'agit pas seulement de mélanger les usages, mais aussi les revenus et les âges.
La critique de l'étalement urbain et du zonage nous amène à deux concepts clés : la mixité fonctionnelle et la mixité sociale.
2. La Mixité Fonctionnelle : Créer des Quartiers Complets
La mixité fonctionnelle consiste à faire cohabiter différentes activités (logements, commerces, bureaux, équipements, artisanat) dans un même périmètre. L'objectif est de créer des "quartiers complets" où les besoins quotidiens peuvent être satisfaits à pied ou à vélo, ce qu'on appelle la "ville des courtes distances".
Le zonage monofonctionnel vs. l'approche mixte
Pour bien saisir la différence, la vidéo suivante oppose très clairement le zonage "Euclidien" américain, qui sépare tout, à l'approche intégrée que l'on trouve par exemple à Tokyo.
Every Urban Planning Concept Explained in 9 Minutes
Cet extrait de la vidéo 'Every Urban Planning Concept Explained' illustre de manière très directe les conséquences du zonage monofonctionnel sur la vie quotidienne et propose le modèle mixte comme alternative.
Regardez la section sur la planification de l'usage du sol ('Land use planning') de 01:09 à 02:18. Observez le contraste frappant entre le modèle américain, qui impose la dépendance à la voiture, et le modèle de Tokyo, qui favorise la marche et la vie de quartier.
Les échelles de la mixité fonctionnelle
La mixité fonctionnelle peut être mise en œuvre à différentes échelles. Pour formaliser ces notions, je vous propose de lire deux courts extraits d'un guide sur la conception d'écoquartiers.
[PDF] Un projet inspirant tant en matière de densité, de mixité...
Ce document de l'organisation 'Vivre en Ville' est une excellente ressource qui définit clairement les concepts de mixité. Il va vous permettre de structurer votre compréhension.
Lisez d'abord la page 30, intitulée « Q.2 MIXITÉ DES ACTIVITÉS ». Elle définit le principe général et introduit la mixité horizontale et verticale. Ensuite, lisez la page 45, « R.6 MIXITÉ VERTICALE DES ACTIVITÉS », qui se concentre sur l'animation de la rue par la mixité au sein même des bâtiments. Concentrez-vous sur les définitions en gras.
En résumé, on distingue :
- La mixité verticale : Superposition de différentes fonctions dans un même bâtiment. C'est l'image classique du commerce en rez-de-chaussée avec des bureaux ou des logements aux étages. Cette organisation est essentielle pour animer les rues.

- La mixité horizontale : Juxtaposition de bâtiments ayant des fonctions différentes au sein d'un même îlot ou quartier. Un immeuble de logements peut ainsi côtoyer un immeuble de bureaux, une école ou un hôtel.

3. La Mixité Sociale : Assurer le Vivre-Ensemble
La mixité sociale vise à favoriser la cohabitation de personnes de différents âges, statuts familiaux et niveaux de revenus dans un même quartier. L'objectif est de lutter contre la ségrégation spatiale et de promouvoir la cohésion sociale.
Le principal levier pour atteindre la mixité sociale est la diversité de l'offre de logements.
[PDF] Un projet inspirant tant en matière de densité, de mixité...
Reprenons le guide de 'Vivre en Ville' pour voir comment il aborde la question de la diversité de l'habitat comme outil de mixité sociale.
Lisez la page 34, intitulée « Q.6 DIVERSITÉ DES TYPES D’HABITATION ». Notez les deux leviers principaux qui sont identifiés : la diversité des types d'habitations (maisons, appartements, etc.) et la diversité des modes de tenure (location, propriété, coopérative, logement social).
En proposant une gamme variée de logements, on permet à différents profils de ménages de coexister : étudiants en petits studios, jeunes familles en appartements, personnes âgées en logements adaptés, ménages modestes en logement social, etc.
Les outils réglementaires de la mixité
Étant donné votre expérience en tant que dessinateur-projeteur, vous savez que les intentions de projet doivent se traduire en règles concrètes. La mixité sociale et fonctionnelle ne fait pas exception. En France, le Plan Local d'Urbanisme (PLU) est l'outil principal pour imposer ces principes.
Le document ci-dessous, bien que très technique, est une mine d'informations sur la manière dont la loi encadre la mixité. Je ne vous demande pas de le lire en entier, mais de comprendre les outils qu'il présente et que je vais vous résumer.
[PDF] Fiche 3 Mixité fonctionnelle et sociale - Le Gridauh
Cette fiche du GRIDAUH (Groupement de Recherche sur les Institutions et le Droit de l'Aménagement, de l'Urbanisme et de l'Habitat) détaille les outils juridiques pour mettre en œuvre la mixité dans les PLU. Elle est dense, mais elle vous donnera un aperçu précis de la traduction réglementaire de ces concepts, ce qui correspond à votre souhait d'une formation 'riche et lourde'.
Survolez ce document pour vous familiariser avec sa structure. Concentrez-vous sur les titres et les passages en gras pour repérer les principaux mécanismes. Je vais vous en expliquer les plus importants ci-dessous.
Voici les principaux outils réglementaires que le PLU peut mobiliser pour imposer la mixité :
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Pour la mixité fonctionnelle :
- Imposer une mixité au sein d'une construction (art. R. 151-37 du Code de l'urbanisme) : C'est l'outil qui permet d'exiger, par exemple, des commerces en rez-de-chaussée d'un immeuble de logements.
- Définir des règles différenciées entre le rez-de-chaussée et les étages pour faciliter l'implantation d'activités (hauteur sous plafond plus importante, etc.).
- Accorder des bonus de constructibilité pour les projets qui intègrent plusieurs fonctions.
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Pour la mixité sociale (les "servitudes de mixité sociale") :
- Les secteurs de mixité sociale (art. L. 151-15) : Le PLU peut délimiter des secteurs où tout programme de logements neuf d'une certaine taille doit obligatoirement comporter un pourcentage de logements sociaux (ex: 25% de logements sociaux pour tout projet de plus de 2000 m²).
- Les emplacements réservés pour le logement social (art. L. 151-41) : La commune peut "geler" un terrain en vue de la réalisation future d'un programme de logements sociaux.
- La loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbains) : Bien que ce ne soit pas un outil du PLU, cette loi nationale impose aux communes d'une certaine taille d'avoir un quota minimum de logements sociaux sur leur territoire (20 ou 25%). Le PLU devient alors l'instrument pour atteindre cet objectif.
Ces outils montrent que la mixité n'est pas qu'un vœu pieux ; c'est un objectif contraignant qui façonne directement les projets immobiliers et le travail des architectes et des promoteurs.
Conclusion
La conception d'un quartier vivant et équilibré est un exercice complexe qui va bien au-delà de l'esthétique. La mixité, qu'elle soit fonctionnelle ou sociale, en est la pierre angulaire.
Points clés à retenir :
- La mixité fonctionnelle consiste à mélanger les usages (habitat, commerce, bureaux) pour créer des quartiers animés, réduire les déplacements et offrir plus de services aux habitants. Elle s'applique verticalement (dans un bâtiment) et horizontalement (dans un quartier).
- La mixité sociale vise à faire cohabiter différentes catégories de population en favorisant la diversité des types et des statuts de logements. C'est un outil de cohésion sociale et de lutte contre la ségrégation.
- Ces principes ne sont pas de simples idéaux. Ils sont traduits en règles contraignantes dans les documents d'urbanisme comme le PLU, via des outils comme les "secteurs de mixité sociale" ou l'obligation d'implanter des commerces en rez-de-chaussée.
- En tant que futur architecte, votre rôle sera de répondre à ces exigences réglementaires tout en concevant des projets de qualité où la cohabitation des fonctions et des personnes se passe harmonieusement.
Aperçu de la prochaine leçon :
Nous avons vu que l'un des bénéfices majeurs de la mixité fonctionnelle est de créer la "ville des courtes distances". Logiquement, la prochaine leçon portera sur la manière de parcourir ces courtes distances. Nous aborderons le concept de mobilité douce et son intégration dans la conception urbaine, en étudiant comment aménager l'espace public pour les piétons, les vélos et les nouvelles mobilités.