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Types de Villes : Dense, Étendue et Polycentrique

Bonjour,

Dans la leçon précédente, nous avons exploré les critiques virulentes de l'urbanisme moderniste, portées par des figures comme Jane Jacobs, et les modèles alternatifs qui en ont découlé, tels que le New Urbanism et la ville du quart d'heure. Nous avons vu que ces débats tournent autour d'une vision de la ville plus humaine, mixte et dense, à l'opposé de la ville fonctionnelle et éclatée.

Aujourd'hui, nous allons approfondir cette question fondamentale de la forme urbaine. Notre objectif est de distinguer les notions de ville dense, ville étalée et ville polycentrique. Comprendre ces trois grands modèles est essentiel pour un concepteur. Ils constituent la "scène" sur laquelle vos futurs projets architecturaux prendront place, et la forme urbaine influence profondément les contraintes et les opportunités de chaque projet, de l'échelle d'un quartier à celle d'un seul bâtiment.

1. Qu'est-ce que la densité ? Dépasser les idées reçues

Avant de comparer les modèles de ville, il est crucial de définir précisément ce qu'est la densité. C'est un terme souvent mal compris, associé quasi-systématiquement à des images de tours et de gratte-ciel. En tant que futur architecte, il est important que vous maîtrisiez ses différentes facettes techniques.

[PDF] Décoder la densité

Pour commencer, je vous propose de lire le premier chapitre du document 'Décoder la densité' publié par l'Office de consultation publique de Montréal. Ce guide est une excellente ressource qui définit clairement les différents types de densité et les manières de la mesurer.

Veuillez lire le 'Chapitre 1 - Glossaire de la densité' (pages 1-3 à 1-22 du PDF). Concentrez-vous particulièrement sur les points suivants : Les différents types de densité : La distinction entre densité de population, densité résidentielle et densité d'emploi. Les indicateurs de densité construite : Votre formation de technicien dessinateur vous rendra familier avec ces notions. Portez une attention particulière au Coefficient d’Occupation du Sol (COS) et au Coefficient d’Emprise au Sol (CES), qui sont des outils réglementaires fondamentaux. La relation entre densité et hauteur : La partie qui démontre que la densité n'est pas forcément synonyme de verticalité est très importante.

Comme vous l'avez lu, la densité est une notion à plusieurs facettes. Retenons les points clés :

  • Densité de population : habitants / surface (ex: hab/km²).
  • Densité résidentielle : logements / surface (ex: log/ha). C'est un indicateur très utilisé en urbanisme.
  • Densité construite : mesurée par le COS (surface de plancher / surface du terrain), elle indique l'intensité de la construction, indépendamment de la hauteur.

La vidéo suivante illustre parfaitement comment un imaginaire collectif, souvent négatif, s'est construit autour de la densité, et comment la réalité est plus nuancée.

EXISTE-T-IL UNE DENSITÉ IDÉALE ?

Regardons maintenant cette vidéo de la chaîne 'Demain la ville' qui s'intitule 'EXISTE-T-IL UNE DENSITÉ IDÉALE ?'. Elle déconstruit l'association simpliste entre densité et tours, en prenant l'exemple très parlant de Paris.

Regardez les 6 premières minutes de la vidéo. Observez comment elle oppose l'imaginaire de la densité (tours, science-fiction) à la réalité de villes très denses comme Paris, dont la morphologie est pourtant très différente. La distinction entre 'densité réelle' et 'densité perçue' est particulièrement pertinente.

La vidéo, tout comme le document précédent, met en évidence un point essentiel : la densité ne se résume pas à la verticalité. L'îlot haussmannien parisien, avec ses bâtiments de hauteur modérée (R+5, R+6) mais un COS élevé et une forte emprise au sol, produit une des densités les plus fortes au monde, bien supérieure à celle de nombreuses villes américaines hérissées de gratte-ciel. La qualité de vie perçue dépend bien plus de la qualité des espaces publics, de la mixité des fonctions et de la conception architecturale que du chiffre de densité brute.

Maintenant que nous avons une définition claire de la densité, analysons les trois modèles de ville.

2. La ville étalée : le modèle de la dispersion

L'étalement urbain (urban sprawl en anglais) est le modèle de développement qui a dominé la seconde moitié du XXe siècle, notamment en Amérique du Nord, mais aussi dans les périphéries des villes européennes.

[PDF] Morphologie urbaine et développement urbain durable

Le document 'Morphologie urbaine et développement urbain durable' offre une définition académique très claire de l'étalement urbain et de ses mécanismes.

Lisez la section '1-1- Les mécanismes de l’étalement urbain' (pages 2 et 3). Identifiez les facteurs clés qui favorisent ce modèle (mobilité individuelle, mutations socioculturelles, etc.).

Comme vous l'avez vu, la ville étalée se caractérise par :

  • De faibles densités de population et de bâti.
  • Une séparation stricte des fonctions (zonage) : des zones résidentielles pavillonnaires, des zones commerciales le long des grands axes, des zones de bureaux, etc.
  • Une forte dépendance à l'automobile, les distances entre les différentes fonctions étant trop importantes pour être parcourues à pied.
  • Une consommation importante d'espace et de sols agricoles ou naturels.

Pour visualiser concrètement ce que cela représente, regardons l'étude de cas du secteur de Summerlea à Montréal, tirée du document "Décoder la densité". Avec une densité de 16 logements/hectare et une composition quasi-exclusive de maisons unifamiliales isolées, c'est un exemple typique de quartier étalé.

Plan et images du secteur Summerlea à Montréal

Morphologie d'un quartier de faible densité (Summerlea, Montréal). Observez la prédominance de maisons individuelles sur de grandes parcelles, avec de larges espaces verts privés, caractéristiques de l'étalement urbain. Source: OCPM, Décoder la densité, p. 2-15.

3. La ville dense et compacte : le modèle de l'intensité

À l'opposé du modèle étalé, on trouve la ville compacte. Ce n'est pas un concept nouveau ; c'est le modèle de la plupart des villes historiques européennes, qui ont grandi à l'intérieur de leurs remparts avant l'avènement de l'automobile.

Le document "Morphologie urbaine et développement urbain durable" que vous avez consulté précédemment décrit aussi ce modèle. Il met en avant ses avantages en termes de durabilité :

  • Économie de sols : la concentration du bâti préserve les terres agricoles et naturelles.
  • Économie sur les réseaux : des réseaux (eau, électricité, transports) plus courts et donc moins coûteux à construire et à entretenir.
  • Économie d'énergie : la proximité favorise la marche, le vélo et les transports en commun, réduisant la consommation d'énergie liée aux déplacements.

La ville compacte se caractérise par une continuité du tissu bâti, des densités élevées, et une mixité des fonctions (commerces en rez-de-chaussée, logements aux étages, etc.), comme le prônait Jane Jacobs.

Reprenons le document "Décoder la densité" et observons le secteur de Shaughnessy Village à Montréal. Avec une densité de 416 logements/hectare, il représente un quartier hyper-dense.

Plan et images du secteur Shaughnessy Village à Montréal

Morphologie d'un quartier de très haute densité (Shaughnessy Village, Montréal). Le tissu urbain est continu, avec de grands immeubles et des tours, une forte emprise au sol et une grande mixité d'usages, illustrant le modèle de la ville compacte. Source: OCPM, Décoder la densité, p. 2-33.

Cette image des plans d'urbanisme de Shanghai illustre bien visuellement la différence entre un cœur de ville dense et planifié de manière compacte, et l'extension plus large de la municipalité.

Urban Planning Maps of Shanghai: Central City vs. Municipality
À gauche, le plan du centre-ville dense de Shanghai. À droite, le plan de la municipalité entière. La comparaison met en évidence le contraste entre le noyau urbain compact (en rouge) et les développements périphériques plus diffus.

4. La ville polycentrique : une alternative structurée

Entre la ville étalée à l'infini et la ville ultra-compacte, une troisième voie existe : la ville polycentrique. Ce modèle n'a pas un seul centre, mais plusieurs. Il s'organise comme un réseau de "villes dans la ville".

Chaque pôle secondaire ou "centralité" regroupe des logements, des emplois, des commerces et des services, créant une certaine autonomie et réduisant la nécessité pour tous les habitants de converger vers le centre principal pour leurs activités quotidiennes. Ces pôles sont reliés entre eux et au centre principal par des réseaux de transport en commun performants.

Every Urban Planning Style Explained In 8 Minutes

Cette très courte vidéo explique de manière concise le principe de la ville polycentrique, en prenant l'exemple de Stockholm et du Delta de la Rivière des Perles en Chine.

Regardez la section 'Polycentric' de 07:40 à 08:28. Elle définit le concept 'ABC' : 'Arbete' (travail), 'Bostad' (logement), 'Centrum' (centre), qui est à la base de ce modèle suédois.

La région Île-de-France est un excellent exemple de territoire polycentrique. Paris est le pôle dominant, mais de nombreuses autres villes (Versailles, Saint-Denis, Marne-la-Vallée, etc.) fonctionnent comme des pôles urbains importants, structurant le territoire.

Map of Urban and Rural Poles in Île-de-France
Cette carte illustre la structure polycentrique de l'Île-de-France. On distingue clairement le pôle principal de Paris et une constellation de pôles urbains secondaires qui structurent la grande couronne. Source: revue 'Territoire en mouvement'.

Des concepts contemporains comme la "ville du quart d'heure" ou la "ville de 30 minutes" (que nous avons évoqués et qui sont décrits dans les fiches du document "Décoder la densité") visent à renforcer cette structure polycentrique en faisant de chaque quartier ou district un pôle de vie quasi-autonome.

Conclusion

Aujourd'hui, nous avons décortiqué trois modèles fondamentaux d'organisation de la ville. Il est rare de trouver ces modèles à l'état pur ; la plupart des métropoles sont un mélange complexe des trois. Votre rôle en tant que concepteur est de savoir lire et interpréter ces formes pour y insérer vos projets de manière pertinente.

Les points clés à retenir sont :

  • La ville étalée est caractérisée par une faible densité, la séparation des fonctions (zonage) et la dépendance à la voiture.
  • La ville dense/compacte est caractérisée par une forte densité, la continuité du bâti et une mixité fonctionnelle, favorisant les mobilités douces.
  • La ville polycentrique propose un modèle intermédiaire, structuré autour d'un réseau de pôles ou de centralités multiples, bien connectés par les transports en commun.

Aperçu de la prochaine leçon :

Maintenant que vous maîtrisez ces concepts, il est temps de passer à la pratique. Dans la prochaine et dernière leçon de ce module, nous allons apprendre à analyser la morphologie urbaine d'un quartier à partir de son plan. Nous mobiliserons tout ce que nous avons vu jusqu'à présent (styles, principes de composition, et modèles de ville) pour développer une lecture critique et informée d'un tissu urbain existant, une compétence fondamentale pour tout architecte.

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